
Il y a des marques qui naissent d’une opportunité.
Et puis il y a celles qui naissent d’une conviction.
Garçon Français est née de cette seconde évidence. Celle de créer des sous-vêtements masculins pensés pour durer, fabriqués en circuit court, en 100 % coton, et confectionnés en France (plus précisément dans l’Aube).
Ici, le Made in France n’est ni un slogan ni un argument de vente. C’est une manière de faire, presque une manière d’être.
Chaque pièce est conçue avec exigence, dans un rapport sincère au produit, au temps et au geste. Pas de surenchère, pas de promesse tapageuse. Juste l’essentiel : des matières choisies avec soin, un confort réel, et une production locale assumée, loin des logiques industrielles anonymes.
Garçon Français, c’est avant tout une vision portée par un homme. Un fondateur pour qui produire localement n’est pas un positionnement, mais une cohérence. Un entrepreneur façonné par le territoire, par le travail bien fait, et par la conviction que le vrai haut de gamme se reconnaît moins à ce qu’il montre qu’à ce qu’il respecte.
Rencontre.
1. Avant la marque
- Si on enlève la marque, qui es-tu aujourd’hui ?
Quelle question ! Je suis avant tout un heureux papa d’une magnifique petite fille. C’est sans doute ce qui me définie le mieux aujourd’hui. Je suis davantage attiré par l’être plutôt que le paraître. En dehors du travail, la vie avec ma fille, mon mari et mes proches sont réellement les choses qui me définissent le mieux.
Je suis également un grand amateur d’art : la littérature, l’opéra, les musées, j’apprécie me nourrir de culture. Lorsque l’on est sensible au « beau », j’ai le sentiment que cela permet d’être plus humble et moins égocentré. Cela créé une ouverture d’esprit et redonne de l’espoir en l’Homme, nous sommes capables du pire comme du meilleur, du plus « beau ».

- Qu’est-ce qui, dans ton parcours, t’a appris à “bien faire” plutôt qu’à “faire vite” ?
Mon éducation a sans doute fait beaucoup en ce sens. Mon caractère et les valeurs qui me font vibrer m’ont permis de faire ces choix d’aller où je voulais aller, le « bien faire » plutôt qu’une autre voie. Trop de personnes ou d’entreprises se dirigent vers le « faire vite » et les résultats sont majoritairement médiocres, voire extrêmement mauvais.
- As-tu toujours eu ce rapport au travail bien fait, au détail, à la qualité ?
Oui je pense, le sens du détail a toujours été une sorte d’obsession. Cela a commencé dès mon enfance avec mes Lego et mes Playmobil, toujours bien rangés et ordonnés.

2. Ce que le Made in France dit de toi
- Quand tu dis “Made in France”, de quoi parles-tu vraiment ?
Cela représente bien plus qu’un simple choix de lieux de fabrication, c’est toute une philosophie, un état d’esprit. En tant qu’entrepreneur, durer dans le « made in France » demande des sacrifices et une éthique presque irréprochable. Sans ce sentiment profond d’agir différemment, j’aurais depuis longtemps choisi le plus rentable au plus éthique.

- Qu’est-ce que cela révèle de ta façon de travailler, de décider, de produire ?
Opter pour ce choix de produire localement, demande de travailler différemment. Cela bouleverse un peu mes cours appris en Ecole de Commerce. Je ne recherche pas le moins cher, le plus rentable, le plus facile. J’ai organisé ma pensée pour créer un business rentable avec des contraintes bien supérieures à mes concurrents étrangers, tout est compté pour optimiser les coûts sans jamais renier sur la qualité. Un exercice d’équilibriste au quotidien.
Il est également essentiel de construire des relations de confiance sur le long terme avec ses fournisseurs. Le textile français a beaucoup souffert des différentes crises, la solidarité est la clef pour maintenir une entreprise sur le long terme. Cela permet d’assurer ses achats et sa production.
- Est-ce une évidence ou un choix qui s’est construit avec le temps ?
Cela a toujours été une évidence, je n’aurais pas pu et su faire autrement sinon je n’aurais pas été très heureux.
- Y a-t-il des compromis que tu refuses, même quand ils semblent rationnels ?
Je pourrais acheter mes tissus et mes élastiques au Portugal (ou en Turquie), avec à la clef un coût bien moindre et toujours la possibilité d’apposer le « made in France » sur mes produits. Je gagnerais en marge sans réduire la qualité. D’un point de vue financier, ce serait un choix rationnel et très rentable. Mais je suis trop attaché à me fournir auprès de mes fabricants français. Je trouve important de faire vivre l’industrie locale. Mon « made in France » à moi, c’est du 100%.

3. Travailler localement, vivre autrement
- Qu’est-ce que travailler avec des acteurs locaux change dans tes relations humaines ?
Je travaille avec les mêmes fournisseurs depuis des années, nous construisons une relation de confiance et parfois même des relations amicales. La fidélité a du bon dans les affaires. J’apprécie connaître et discuter avec toutes les personnes qui contribuent à fabriquer mes collections. Je ne réfléchis pas qu’en « compte de résultat », derrière chacun de mes produits, il y a de vraies personnes.
- Est-ce que la proximité rend plus exigeant ou plus responsable ?
Il y a nécessairement une part de responsabilité dans ces relations plus étroites. J’ai la pression de mes clients pour leur proposer de bons produits et je me mets la pression auprès de mes fournisseurs pour leur assurer un volume d’affaires. En échange j’attends d’eux, mes fournisseurs, une qualité irréprochable.
- En quoi ce territoire influence-t-il ta vision de l’entreprise ?
Le territoire n’influence pas ma vision, c’est plutôt l’industrie textile française qui influence mes décisions et mes choix. L’envie de fabriquer français ne peut se résumer à un territoire, il doit se penser plus largement.

4. Le rapport au produit
- Pourquoi le sous-vêtement est-il un objet intéressant à travailler ?
Tous les hommes en portent, ils en ont tous besoin. Économiquement c’est intéressant de savoir que chaque client doit en acheter plusieurs pour assurer son besoin. L’intérêt du marché masculin est également la fidélité, lorsqu’un homme apprécie un produit, il peut être fidèle à la marque durant de nombreuses années. Ce qui est beaucoup moins le cas pour une clientèle féminine.
- Qu’est-ce qu’un bon produit, selon toi ?
Un article confortable, joli et qui peut durer.
- Est-ce que le confort est une sensation ou une promesse silencieuse ?
Un sous-vêtement qui est confortable ne se sent pas, c’est une promesse avant tout.
- À quel moment sais-tu qu’un produit est “juste” ?
Un bon rapport qualité/prix/durabilité, il est mieux de mettre 40€ dans un boxer qui peut facilement durer cinq ans, plutôt que 8€ dans un caleçon qui ne dépassera pas l’année.

5. Une autre idée du haut de gamme
- Le haut de gamme est souvent associé à l’ostentation. Est-ce ta vision ?
Je perçois davantage le haut de gamme comme un plaisir pour soi plutôt que pour les autres. L’envie de consommer de la qualité, et non pas de la quantité, correspond mieux à ma vision.
- Pour toi, où commence le vrai luxe ?
Le vrai luxe réside dans la qualité et le travail bien fait, pas qu’un simple logo un peu trop gros.
- Que dirais-tu à ceux qui découvrent la marque sans rien savoir de son histoire ?
L’essayer c’est l’adopter.
6. En résumé…
- Qu’aimerais-tu que les clients ressentent à propos de ta marque, au-delà du produit ?
S’ils peuvent avoir le sentiment que de consommer différemment peut changer le monde, ou en tout cas la mode, ce serait déjà un chouette ressenti.
- Et si la marque devait laisser une trace, laquelle serait-elle ?
De vieux boxers dans un tiroir de penderie, utilisés depuis de nombreuses années.
Entretien par Alexia Bernardi – Le 27 janvier 2026
